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Quelques nouvelles de la cathédrale Notre-Dame de Paris

| abbé Ludovic

Quelques nouvelles de la cathédrale Notre-Dame de Paris

Le Préfet d'Ile-de-France a donné quelques informations sur la cathédrale Notre-Dame de Paris. En voici une synthèse:

L’incendie du 15 avril a détruit une partie des voûtes, la charpente, la couverture et la flèche de la cathédrale Notre-Dame. L’état des lieux réalisé à la demande de la DRAC Île-de-France dès le 16 avril a permis d’établir le programme des travaux à mener en urgence impérieuse. Le rapport des opérations de sécurisation et de consolidation de l’édifice et une première évaluation sanitaire de l’ensemble du monument ont été présentés à la Commission nationale de l’architecture et du patrimoine le 4 juillet 2019. Le monument figurant au coeur du bien UNESCO « Paris, rives de Seine », l’objectif est de pouvoir préciser cet état sanitaire d’ici au mois de novembre 2019, en vue d’informer le comité du patrimoine mondial sur l’état de conservation de l’édifice.

Les voûtes hautes ont été très profondément touchées par l’incendie. Plusieurs parties ont été détruites. Toutefois, tous les effondrements de voûte ont été causés par un choc consécutif à la chute d’éléments de charpente, et non par les effets du feu qui aurait fragilisé davantage une partie du voûtement. L’ébranlement des parties adjacentes aux parties effondrées et l’effet réel du feu, font peser une menace sur la stabilité réelle du voûtement. Le 25 juillet, deux blocs de pierre sont tombés sur les filets tendus de la nef, provenant du trou résultant de la chute de l’extrémité haute de la flèche et plus précisément par la corbeille métallique qui précédait la grande croix sommitale. Les structures encore instables de la cathédrale et de l’échafaudage incendié font l’objet d’une surveillance continue. Ainsi, la position des voûtains et des éléments de bois calcinés à la croisée du transept sont contrôlés par laser-mètres. Des fissuromètres permettent de mesurer les éventuelles évolutions des désordres des murs gouttereaux. L’échafaudage sinistré a été équipé de capteurs de micromouvements et d’inclinaison. Des seuils d’alerte et des procédures d’évacuation sont associés aux variations détectées par ces capteurs.

Le pignon du bras nord du transept a été particulièrement ébranlé par l’incendie et notamment par la chute des éléments de charpente. Outre, le témoignage de personnes l’ayant vu basculer vers la rue avant de se rétablir, des fissures horizontales et verticales parcourent le pignon attestant bien d’un mouvement de basculement. De même, les pierres constituant la rose du pignon sont complètement rubéfiées et écaillées, des morceaux risquant de tomber sur la chaussée. Les maçonneries au revers du pignon le sont également.

A l’instar de ce qui a été constaté au nord, le pignon du croisillon sud du transept présente des désordres similaires, avec toutefois des risques bien plus grands d’effondrement de la voûte qu’il domine.

Le pignon ouest, situé entre les deux tours, a été fragilisé et rubéfié sur ses deux faces. Les rampants sont éclatés et ruinés, et la statue de l’ange, qui a été déposée, était fendue sur toute sa hauteur.

L’angle de la tour sud a été particulièrement touché par les flammes, l’orientation des vents ayant concentré les flammes sur les pierres qui ont été rubéfiées et toute sculpture saillante (crochets, moulurations, etc.) a été comme rabotée. La toiture adossée de la première travée des tribunes sud de la nef, donnant l’accès aux toitures de ces mêmes tribunes, a reçu des morceaux de pierre provenant de la galerie des chimères, occasionnant des percements ponctuels.

La tour nord a également été touchée par l’incendie qui a ponctuellement atteint les charpentes du beffroi. Celui-ci abrite 8 cloches, mises en place en 2013 lors du 850e anniversaire de la cathédrale. Les flammes ont attaqué l’angle sud-est du beffroi depuis le niveau de la galerie des chimères. Quelques poutres ont été calcinées, mais leur section n’a pas permis d’être affaiblies au point de menacer la stabilité de la charpente. Néanmoins, l’appui d’un mouton de l’une des cloches doit être surveillé et l’escalier qui mène au second niveau de cloches est brûlé et fragile.

Abritées par leur voûte, elle-même couverte par une toiture en dalles de pierre, et situées entre les deux tours, la tribune et les grandes orgues ont été épargnées tant par le feu que par l’eau. Pour autant, les trous béants des voûtes, l’atmosphère humide succédant à la chaleur du feu, et surtout la poussière chargée de plomb a complètement envahi l’instrument et son environnement. Les tuyaux de montre, le buffet, les sculptures, le plancher, la console, les bancs, les chapiteaux, les voûtes et les murs sont recouverts de ce même dépôt.

L’incendie aura épargné la totalité des vitraux, en particulier ceux des deux roses des croisillons nord et sud, du XIIIe siècle, proches des flammes, alors que la rose occidentale a été protégée par la toiture en dalles de pierre qui couvre la voûte au-dessus de l’orgue. Dans un objectif de conservation et pour répondre à des questions pratiques de chantier, la totalité des vitraux des parties hautes du choeur et de la nef a été déposée et stockée chez des maîtres-verriers.

A la suite de l’effondrement d’une partie des voûtes, 3 tas de gravois se sont formés sur le sol de la nef, de la croisée et du bras nord du transept. Ils étaient constitués par couches successives de pierres et moellons provenant des voûtes, des bois calcinés provenant essentiellement de la flèche et de son tabouret, et des pièces métalliques qui constituaient les crêtes de faîtage, les armatures de la flèche et les fourches supportant les statues de cuivre de la croisée déposées quelques jours avant le sinistre. Environ 80 % des décombres présents à l’intérieur de la cathédrale ont, à ce jour, été évacués, triés et conservés.

L’échafaudage nécessaire à la restauration de la flèche de la croisée a été sinistré par l’incendie. Il avait été exigé qu’il ne prenne pas appui sur la charpente et sur la flèche, d’où sa résistance à l’effondrement de la flèche. La partie ouest, ayant subi l’effondrement et le basculement de la flèche, présente un affaissement en son centre, partie la moins dense en tubes. La partie centrale est également légèrement affaissée du fait de l’extrême chaleur dégagée par l’importante quantité des bois du tabouret et de la partie inférieure de la flèche. Plusieurs capteurs ont été installés sur l’échafaudage afin de mesurer ses mouvements éventuels, les analyser et lancer des alertes le cas échéant.

La DRAC Île-de-France est affectataire, pour le compte de l’État, de l’ensemble des objets et des oeuvres abrités dans la cathédrale Notre-Dame, qu’ils soient protégés ou non parmi les monuments historiques. A ce titre, leur entretien, leur conservation, leur restauration et leur valorisation incombent à la DRAC.

Les objets de trésor ont été évacués entre les 15 et 19 avril 2019. Ils ont été transportés au Louvre et sont conservés dans les réserves, y compris les reliques de la Passion, Couronnes d’épines, bois de la croix et clou. Les objets sont laissés à la libre disposition du clergé pour leur usage cultuel. Tous les objets sont en bon état. Sont restés dans le trésor tous les ornements liturgiques conservés à l’abri dans les chapiers. Ils sont régulièrement examinés afin de prévenir tout risque d’infestations ou de moisissures. Le chauffage sera rétabli prochainement dans cette zone afin de garantir une conservation optimale pendant l’hiver. D’autres objets moins importants ont été entreposés dans les salles et vitrines du trésor qui est sous alarme.

Deux tableaux ont été évacués vers le Louvre en même temps que le trésor. Ils avaient été décrochés le soir même de l’incendie. Quatre autres sont venus les rejoindre. Dix-sept tableaux ont été transportés dans des réserves spécialisées. Ils ont été dépoussiérés face et revers et ont bénéficié chacun d’un constat d’état. Ils seront tous restaurés afin de bénéficier de leur dépose. Quatre tableaux restent en place dans la cathédrale, l’un dans la tour sud car non menacé. Deux sont accrochés dans le bras du transept nord et restent inaccessibles. Le quatrième dans la chapelle Saint-Guillaume, ne peut sortir que par la porte centrale en traversant des zones interdites. Il est procédé à un examen visuel régulier des tableaux. D’autres tableaux sont également présents dans la sacristie et n’ont subi aucun dégât.

La Vierge à l’enfant du XIVe siècle située à la croisée du transept a été transportée à l’église Saint-Germain-L’Auxerrois comme symbole de Notre-Dame de Paris, toutes les activités de la cathédrale y ayant été transférées.

Le « Voeu de Louis XIII » dans le choeur est protégé par une structure d’échafaudage en plus des filets pour limiter les impacts dus à des chutes de pierre possibles.

Les trois tapis de la cathédrale ont été transportés dans les réserves du Mobilier national. Deux avaient déjà été restaurés et sont en bon état. Le troisième, celui de Charles X, était très légèrement humide car protégé pendant l’incendie. Il a été traité contre les mites et attend une restauration.

Les stalles sont désormais protégées par une structure afin de permettre en toute sécurité un accès. En effet il est nécessaire d’ôter les planchers afin de ventiler le soubassement. Un examen scientifique pourra aussi être réalisé. La chaire, à l’aspect noirâtre, reste inaccessible. Elle n’a donc pu être encore inspectée.

Le grand orgue fait l’objet d’une surveillance attentive et la réflexion se poursuit sur une intervention intégrant son dépoussiérage, en tenant compte de la présence de plomb.

Enfin, des éléments mobiliers restent stockés dans les tribunes (ils y étaient avant l’incendie) et font également l’objet d’une surveillance attentive : luminaires, chandeliers, vitraux, éléments lapidaires.

À ce jour, 39 entreprises différentes interviennent sur le chantier. Parmi les corps de métiers représentés, il y a notamment des maçons, serruriers, grutiers, échafaudagistes, sculpteurs, maîtres verriers, laboratoires d’analyses, agents de sécurité et sûreté, spécialistes de la dépollution, … Depuis la reprise du chantier au mois d’août, les installations de décontamination permettent l’accueil simultané d’environ 80 compagnons. De nouvelles installations de décontamination permettront à partir du mois de janvier 2020 d’accueillir jusqu’à 240 travailleurs.

En 6 mois, sous le pilotage de la maîtrise d’ouvrage déléguée à la DRAC, l’action de la maîtrise d’oeuvre avec les entreprises a permis d’avancer de manière décisive sur plusieurs points :

  • consolidation des pignons des croisillons nord et sud ainsi que du pignon ouest ;
  • consolidation par frettage puis la dépose des chimères situées à l’angle nord-est de la tour sud ;
  • bâchage des voûtes hautes ;
  • frettage des deux piliers de la nef rubéfiés ;
  • protection du voeu de Louis XIII contre les éventuelles chutes de matériaux ;
  • dépose et l’évacuation de la « Vierge au pilier » ;
  • pose de filets sous les voûtes de la nef, du choeur et du transept ;
  • dépose des vitraux et l’étrésillonnement des baies hautes de la nef et du choeur ;
  • enlèvement des gravois au sol par robots en liaison avec le Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH), le service régional d’archéologie de la DRAC et la police scientifique (réalisé à ce jour à environ 80 %) ;
  • mise sur cintre des arcs boutants du choeur, de la nef côté Nord (achevés), de la nef côté Sud (achèvement prévu fin octobre) et autour de la croisée du transept (à venir)
  • pose d’un plancher appuyé sur les murs gouttereaux au-dessus des voûtes hautes de la nef, du choeur et des deux transepts ;
  • inspection des gargouilles à la nacelle.

Pour garantir la bonne réalisation de ces travaux dans le respect des règles d’hygiène et de sécurité qui s’imposent, des installations de chantier ont progressivement été mises en place sur le site parmi lesquelles :

  • la mise en place d’un gardiennage 24h/24,
  • l’installation d’une clôture tout autour de la zone de chantier,
  • la réalisation d’un chemin de circulation en périphérie du monument,
  • la création d’une zone de base-vie,
  • la mise en oeuvre de vestiaires, d’unités de décontamination et de 3 sas d’approche,
  • le déploiement de barnums sur le parvis pour stocker les décombres évacués (bois, pierre, métal).

Les travaux à venir :

  • Enlèvement des gravats situés sur l’extrados des voûtes en liaison avec la police scientifique et le service régional d’archéologie de la DRAC ;
  • Nettoyage des voûtes pour permettre de démarrer le diagnostic ;
  • Déploiement d’un SSI de chantier ;
  • Mise en place de tirants métalliques pour stabiliser la nef ;
  • Démontage de l’échafaudage coincé à la croisée du transept, celui-ci faisant encore peser sur l’édifice un risque d’effondrement. Des capteurs ont été installés en vue d’en suivre les mouvements et d’assurer la sécurité du chantier et des riverains.

Le coût total des travaux de consolidation et de sécurisation est estimé à 85 M€ TDC (toutes dépenses confondues, incluant les taxes, la maîtrise d’oeuvre, les assistants à maîtrise d’ouvrage, etc. depuis l’incendie jusqu’à l’été 2020). Ce montant comprend également les agents recrutés spécifiquement par la DRAC Île-de-France pour suivre l’opération ainsi que le coût des études de diagnostic et d’évaluation. C’est sur la base de cette estimation de 85 M€ qu’ont été établies les conventions-cadre avec les trois fondations et le Centre des monuments nationaux, chargés de la souscription nationale, signées le 29 juillet 2019. Au 9 octobre 2019, l’Etat a engagé plus de 37 M€ de crédits (18,9 M€ de crédits de paiement à aujourd’hui).

Notre-Dame de Paris

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